« Avec la classe inversée, ce sont les élèves qui travaillent » : M. Soulié, prof de français, explique le principe de la classe inversée au collège

« J’ai fait enlever mon bureau. Je m’assois avec les enfants ». Professeure de français au collège Daniel Argote d’Orthez, Marie Soulié applique avec bonheur la classe inversée. Elle décrit ses pratiques pédagogiques et en montre les impacts sur les élèves et son propre travail. Dans son collège où les élèves sont dotés d’une tablette, la clase inversée apaise la classe parce que les élèves sont enfin au travail.

Racontez nous une séquence pédagogique avec la classe inversée

Je peux prendre en exemple une séance sur le Bourgeois gentilhomme en 5ème. On a vu plusieurs extraits de mise en scène de la scène 2. Je donne aux enfants une capsule vidéo qui vise différents types de comique en leur demandant ce qui fait rire. Cette capsule est une sorte de mise en bouche qui ne vise pas à faire le résumé d’une leçon mais à préparer le travail du lendemain. Les élèves remplissent un questionnaire Google Form.

Le lendemain les élèves se positionnent dans la classe. Je l’ai organisée en ilots parmi lesquels « l’ilot des curieux ». Là je suis avec un groupe et je réponds à leurs questions pendant 5 minutes. C’est un rituel que j’ai institué. On corrige le questionnaire. Après ce temps d’échange on passe à le construction à travers l’exécution d’une tâche complexe : il faut imaginer l’affiche d’un festival de cinéma comique et faire une carte mentale. Les élèves doivent comprendre qu’ils doivent associer 4 types de comique à 4 films. En dernière étape on affiche au tableau et on corrige ensemble. On se met d’accord sur la carte mentale qui sera la trace écrite du cours.

Comment organisez vous les groupes d’élèves ?

La règle c’est qu’ils doivent mélanger garçons et filles et que les groupes doivent tourner. J’ai fait enlever mon bureau et le m’assois avec les groupes pour observer et conseiller. C’est important d’être cote à cote avec eux et aussi de donner les coups de pouce nécessaires. Je suis la plus discrète possible mais j’interviens, je pose des questions, je demande à ce qu’on m’explique tel ou tel point. Du professeur qui distribue la parole, je deviens celui qui accompagne et qui facilite. Au final, c’est moi qui organise.

N’est ce pas prendre le risque que les élève se trompent ?

Mais c’est très bien qu’ils se trompent. C’est intéressant une erreur. Elle va être prise en charge par la classe. Souvent  le groupe se rend compte des raisons qui l’ont poussé à faire une mauvaise hypothèse. De toutes façon à la fin de la séquence il y aune carte mentale validée par  moi. La trace écrite prend appui sur quelque chose de juste.

Est-ce efficace ?

Je n’ai pas d’évaluation scientifique. Mais je peux témoigner de mes observations. Dans mon collège on a un cahier des manquements pour le travail non fait. Avant la classe inversée c’était ingérable tellement il y avait d’élèves qui ne faisaient pas le travail à la maison. C’ets ce qui m’a poussé à changer ma pédagogie. Maintenant ils n’ont plus de devoir à la maison mais une capsule à regarder et une fiche à compléter, à mettre en ligne avec éventuellement des questions à poser. Ca se limite à ça. Résultat : le travail à la maison est fait. J’ai dix fois moins d’élèves signalés dans le cahier des manquements. Quand je leur demande pourquoi c’est come cela ils me disent « madame ce n’est pas du travail ». Le fait de ne pas les mettre en  difficulté à la maison ça leur donne envie d’essayer. Du coup, si tu n’as pas vu la capsule, t’es un ringard !

Les parents disent quoi ?

Je leur explique ma démarche. Ce qu’ils me disent en fin d’année  c’est qu’ils sont débarrassés d’une contrainte. Ils n’ont plus à dire à leur enfant « fais tes devoirs ».

Mais ce temps là n’est il pas pris aux dépens des autres disciplines ?

Non car le travail demandé est beaucoup plus court. Avant je donnais 10 minutes de travail à la maison. Maintenant c’est deux minutes.

Pour vous n’est ce pas chronophage ?

Oui au début il faut tout construire et apprendre à faire la capsule vidéo par exemple. Avec la pratique on apprend à se servir rapidement d’un outil qui plait, comme Adobe Voice pour moi. Je le maitrise bien et je vais vite. Et puis on échange entre nous des capsules. Maintenant on est 30 enseignants et on a un stock de 300 capsules qui balayent tout le programme du collège.

Ce qui nous lie ce n’est pas la capsule mais la pédagogie qui est derrière. Une mise en travail des élèves à travers des tâches complexes. Ce qui a changé c’est que maintenant les élèves sont au travail au lieu d’écouter.

Propos recueillis par François Jarraud pour le Café Pédagogique.

Le site de mutualisation

Le blog de Marie Soulié

Marie Soulié dans le Café pédagogique

 

C’est la semaine de la classe inversée !

Du 25 au 29 janvier, c’est la semaine de la classe inversée dans toutes les académies de France. La classe inversée, c’est un peu à la mode chez les enseignants, mais ça n’en reste pas moins une innovation assez révolutionnaire en matière de pédagogie. Je suis pour ma part très partisan de la classe inversée bien que sa mise en place implique beaucoup de travail et d’organisation. Il est même probable que ma thèse porte sur ce sujet.

classe inversée

L’association Inversons la classe propose une semaine de rencontres et de partage autour de cette nouvelle pratique pédagogique dont on parle beaucoup.

Une classe inversée ouvre peut-être ses portes près de chez vous.
 
Certains professeurs déjà très impliqués dans cette pédagogie ont décidé d’ouvrir leur classe à d’autres professeurs désireux de découvrir cette pratique. Il existe une carte de France qui indique toutes les classes inversées « ouvertes ».
Consultez la carte et partez à la rencontre des collègues pour discuter de leur expérience.
De nombreux ateliers vous attendent également pour discuter notamment de l’utilisation de certains outils numériques.
Et pour ne rien manquer de l’événement vous pouvez suivre sur Twitter les comptes @CLISE2016 et @Classe_Inversee ainsi les #CLISE2016 et #ClasseInversee.

Très bonne semaine à tous !

(Et merci au livre scolaire pour l’info).

Avantages et inconvénients de la classe inversée : la classe hybride, la solution ?

Pédago ou réac, progressistes ou classiques, personne n’a raison. Il n’y a de toute façon pas de méthode miracle pour enseigner. Lorsqu’on réfléchit à une nouvelle pédagogie, l’idée n’est donc pas de remplacer une routine par une autre mais bien de varier les plaisirs, d’alterner. Je ne suis pas pro-classe-inversée ou pro-classe-traditionnelle, pas partisane du tout-numérique ou prête à crier haro sur les écrans, n’y aurait-il pas de l’intérêt dans toutes les méthodes ? Mais il y a un hic, les jeunes professeurs n’en connaissent souvent qu’une possible, quant aux plus expérimentés, ils sont soit tout l’un, soit tout l’autre….

J’imagine donc une sorte de valise-outil comportant toutes les manières d’enseigner, que le professeur devrait connaître et maîtriser, et dans laquelle il pourrait piocher.

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Après avoir expérimenté cette semaine la classe inversée, pour la première fois, avec une classe de seconde, voici ce qu’il en ressort : 

Avantages : Autonomie de l’élève dans le travail  (seul ou en groupe) qui le pousse à s’investir. Impossible pour lui dans cette configuration de simuler la concentration ou l’implication // Disponibilité du prof qui se promène dans la classe et répond individuellement ou par petit groupe aux élèves // Élève volontaire et impliqué : il se sent concerné, peut travailler à son rythme !

Inconvénients : Beaucoup de travail en amont pour le prof : préparation des supports pour la leçon que l’élève travaillera à la maison + préparation des activités en cours // comment vérifier que l’élève a bien travaillé la leçon seul à la maison ?

Critiques des collègues (trouvées sur Twitter) : Tous les élèves n’ont pas forcément Internet ou un ordinateur chez eux // « Une classe inversée, c’est un prof qui passe deux heures à faire une vidéo de 4 minutes qu’il faudra expliquer 20 minutes en classe aux élèves qui ne l’ont pas vue… »

Eléments de réponse et de synthèse ==> La classe hybride permet des cours en classe numérique, d’autres en classe inversée, d’autres encore en classe traditionnelle, etc. Quel intérêt trouvent les collègues à être rigides vis-à-vis de ces nouvelles méthodes ? A l’inverse, pourquoi nier en bloc l’intérêt de la classe actuelle ? Les jeunes enseignants, j’ai pu l’observer à l’espé, ne connaissent pas d’autres méthodes d’enseignement que celle qu’ils ont observée lorsqu’ils étaient élèves, la plupart du temps la méthode traditionnelle en rang et à l’écoute d’un professeur effectuant un cours magistral. Il faut offrir à chaque enseignant une « valise » de savoirs pratiques contenant tous les outils pédagogiques pour qu’il puisse mieux transmettre, intéresser et s’adapter à ses élèves. 

La classe inversée ? Késako ? #rechercheenéducation #modernisonslécole #ifé-ENS

Dans le groupe de travail que j’ai rejoint à l’Ifé (Institut Français de l’éducation**), on réfléchit sur la modernisation de l’école. Notre atelier de recherche souhaite tout particulièrement faire évoluer les notions de « classe inversée » et celle d’école numérique. Le but est cette année de produire du contenu pour le site de l’Ifé mais aussi de partager des expériences concrètes autour du numérique à l’école et de la pédagogie inversée pour faire évoluer les pratiques des professeurs et des formateurs.

Si de plus en plus d’enseignants s’intéressent au concept de « classe inversée », la plupart d’entre eux ne sont même pas conscients que cette possibilité pédagogique existe. En effet, l’espé (ancien IUFM) ne parle absolument pas de ces pratiques novatrices aux futurs ou tout nouveaux enseignants qui viennent en formation dans leurs locaux, ou alors si cela arrive, c’est le hasard du formateur, et c’est de toute façon très rare.

On peut expliquer cela par le fait que ce concept est encore peu développé, peu connu, peu maîtrisé, en tout cas en France ; et c’est pour cela que des groupes de travail se forment autour de cette notion. Autour de ces thèmes, dans ma pratique pédagogique, je pars de zéro : j’intégrais jusque là très peu de numérique dans mes cours (c’est mal !) et je n’étais même pas sûre jusqu’à cette semaine de connaître avec pertinence la bonne définition de « classe inversée ».

Avant de vous expliquer les difficultés que j’ai immédiatement rencontrées (tout va finir par se régler…) face à l’intégration du principe de classe inversée dans mes cours, je souhaite reprendre une définition claire du principe de pédagogie inversée, qu’on soit certains de tous bien se comprendre avant d’aller plus loin.

La classe, telle qu’on la connait, c’est un prof debout face à une trentaine d’élèves (souvent plus…), déversant son savoir à un auditoire plus ou moins attentif. La classe inversée… inverse le principe d’apprentissage. Les élèves vont alors travailler leur leçon à la maison et effectuer des activités et des exercices à l’école, en petits groupes. Comment donc ? Plus besoin des profs pour apprendre une leçon. Eh non… Les leçons sont fournies sur des supports vidéos ou d’autres supports, que l’élève écoute, lit, reprend en note sur son cahier, le soir, chez lui. Finies les longues angoisses devant un exercice qu’on ne parvient pas à faire. De plus, l’élève est plus attentif seul face à sa leçon qu’en cours (Parlez pendant 20 minutes d’un sujet, peu importe lequel, devant une assemblée d’adolescents puis posez une question, demandez ensuite un par un à chaque élève de répéter la question que vous venez de poser… vous serez surpris du résultat : un long discours et vous perdez les trois quarts de votre auditoire). Par ailleurs, le lendemain, en cours, on communique, on échange. La classe devient un moment de communication qui s’articule et se construit sur les remarques et acquis des élèves. Les exercices sont effectués avec le professeur qui est plus mobile, peu passer de groupe en groupe et aider individuellement chaque élève. La présence en classe sert dès lors l’assimilation des connaissances acquises à travers les vidéos ou les documents envoyés aux élèves : du véritable soutien scolaire.

Evidemment, ce moyen de fonctionner réclame un travail du professeur abyssal en amont (mais aussi beaucoup plus d’aisance et de plaisir en classe pour lui et ses élèves). Evidemment, ce moyen de travailler est aussi plus « facile » dans certaines matières, et plus complexe pour les disciplines où la pratique est, en apparence, moindre (je pense notamment à l’étude des lettres).

Je listerai dans un prochain papier les avantages et les inconvénients de cette pratique, puis les moyens existants pour la mettre en oeuvre.

** L’Ifé est une composante de l’ENS. Implantée à Lyon, c’est une structure nationale de recherche, de formation et de médiation des savoirs en matière d’éducation, fondée sur une interaction permanente avec les communautés éducatives, grâce au recrutement de professeurs détachés et de professeurs associés.

Sur le plan international, l’Institut français de l’Éducation est inséré dans tous les grands réseaux de recherche, de l’UNESCO à l’OCDE. Grâce à ses ressources documentaires et à un dispositif d’accueil aussi simple qu’efficace, il est aussi la porte d’entrée  des chercheurs étrangers travaillant sur le système éducatif français.