Apprendre la lecture aux élèves en difficulté : plus les textes sont complexes mieux ça marche !

Une recherche de J. Deauviau portant évaluation des méthodes et manuels de lecture pour le CP vient a été réalisée il y a 2 ans par un labo du CNRS. Les résultats et les enseignements inédits de cette enquête méritent l’attention. Contrairement à ce que l’on pourrait penser instinctivement : plus les textes sont complexes, mieux l’enfant intègre la lecture.

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La conclusion de la note de synthèse est très parlante :

“On remarque conjointement qu’à l’inverse d’un présupposé pédagogique très répandu le manuel qui se révèle le plus efficient avec les élèves des milieux les plus défavorisés est aussi le plus exigeant non seulement dans l’apprentissage technique du code, mais aussi dans ses contenus intellectuels, de par l’ambition lexicale et littéraire des textes qu’il propose à la lecture des élèves. Ces observations rappellent a contrario combien la culture professionnelle des enseignants du primaire reste aujourd’hui fortement marquée par la thématique de la rénovation pédagogique des années 1970/80. L’apprentissage du déchiffrage est souvent vécu comme le « sale boulot » de l’enseignement de la lecture, comme un temps soustrait à l’essentiel, le travail sur la compréhension, dont les publics populaires sont estimés avoir un besoin prioritaire. Ce qui explique sans doute la diffusion si paradoxalement faible de la méthode syllabique dans les quartiers les plus défavorisés, comme nous l’avons constaté.”

Au delà de la question de l’apprentissage de la lecture, cette étude insiste sur la nécessité de maintenir des exigences scolaires élevées auprès des publics en difficulté afin notamment de lutter contre les inégalités scolaires et le creusement des écarts.

Voici les liens pour accéder au rapport et à la note de synthèse :

Note de synthèse :

http://www.uvsq.fr/medias/fichier/note-de-synthese-enquete-lecture_1384510510448-pdf

Rapport :

http://www.uvsq.fr/medias/fichier/rapport-enquete-lecture_1384503420148-pdf

A la découverte d’une association innovante en éducation : le GRIP

Le GRIP a été une découverte récente pour moi. J’ai aimé la logique de cette association soutenue et connue par le ministère de l’EN mais en même temps souvent en désaccord avec lui et totalement indépendante. J’apprécie leur volonté de défendre l’école laïque et républicaine et leur refus des écoles privées nouvelles qui pullulent : « Le GRIP récuse les options des « créateurs d’écoles » qui proposent, sous le prétexte fallacieux de défendre l’instruction, d’adapter les programmes enseignés en fonction du milieu auquel appartiennent les élèves, des opinions et des options idéologiques ou religieuses de leurs parents ». Je vous livre ici une rapide présentation de cette association et, en-dessous, leur texte fondateur mais je reviendrai plus profondément sur leur travail dans d’autres papiers. Cependant, il est important de noter que le GRIP est soutenu par des personnalités du monde de l’éducation aux idées plutôt conservatrices comme Natacha Polony et que cette association est plutôt qualifiée d' »anti-pédagos », d’anti-Meirieu notamment…. Mais comme d’habitude, je trouve ce débat entre pédagos et conservateurs inintéressant. Au risque de manquer de tranchant, il y a du bon à prendre de chaque côté. D’ailleurs, le GRIP, Polony, Meirieu, etc. sont finalement au moins d’accord sur une chose : il faut défendre l’école publique et égalitaire. Les deux versants des sciences de l’éducation voient d’un mauvais œil les écoles-privées-aux-nouvelles-pédagogies-pour-population-aisée qui prospèrent.

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L’objectif central du Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes (GRIP) est la construction de programmes scolaires denses, exigeants et progressifs. Ce travail de longue haleine entamé en 2005 est mené à bien grâce à la confrontation avec les réalités de terrain et la pratique des classes.

Ainsi, le GRIP a lancé le projet SLECC (Savoir Lire Écrire Compter Calculer). Pour le développer, le GRIP associe des enseignants de tous niveaux, de la maternelle à l’université en passant par le primaire et le secondaire. Je détaillerai ce projet et les réflexions théoriques et historiques du GRIP dans d’autres papiers à venir.

Le site www.instruire.fr, site du GRIP (très vieillot alors que le site du SLECC est plutôt agréable), contient réflexions théoriques et historiques, programmes scolaires en chantier, ressources pédagogiques en libre consultation ou disponibles sur demande, ainsi que prochainement un forum ouvert à toutes les questions pédagogiques. Il est à la disposition de tous ceux qui sont attachés à la qualité de l’Instruction publique.

POSITIONS DU GRIP SUR LA CRISE DE L’ÉCOLE  ET LES MOYENS DE S’EN SORTIR
(Texte de référence pour l’adhésion au GRIP)
 
Origine principale de la crise 
Depuis sa fondation en 2005, le GRIP situe l’origine principale de la crise de l’école dans le délitement des programmes, en premier lieu des programmes du primaire.   Amorcé dès les années soixante, accentué réforme après réforme, à peine corrigé ces derniers temps, ce délitement a en effet rendu de plus en plus aléatoire la constitution de savoirs rationnels. Il a ainsi compromis la possibilité pour la masse des élèves d’accéder à la culture élargie qui conditionne la réussite ultérieure des études.  En conséquence, le GRIP voit dans la reconstruction de programmes du primaire  riches, cohérents et progressifs la priorité des priorités et la condition nécessaire d’une vraie démocratisation de l’enseignement. 
 
La reconstruction des programmes 

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Le buzz de cette semaine : Céline Alvarez

Tous les médias sur lesquels Céline Alvarez fait la promotion de son livre cette semaine la présente comme une « institutrice devenue pédagogue »… Evidemment la formulation fait mourir de rire les profs puisqu’un prof ou un instit qui n’est pas pédagogue aura bien du mal à faire son métier. Autrement dit, difficile d’être l’un sans l’autre. Céline Alvarez était donc institutrice, elle a tenté une « expérience » dans une école maternelle pendant deux ans, l’expérience s’est révélée pertinente puisque les résultats des enfants se sont améliorés… mais comme le mammouth de l’éducation nationale est long à bouger et qu’on ne lui a pas donné le prix Nobel tout de suite, Céline Alvarez a préféré quitter l’éducation nationale pour faire des conférences et écrire des livres en disant qu’il faut tout cramer de l’éducation nationale et recommencer.

Dans l’ensemble, j’aime beaucoup ce qu’elle dit, et je suis d’accord avec elle sur beaucoup de choses. J’aime bien aussi qu’elle fédère derrière elle des instits (surtout des instits, et non des profs puisque sa méthode concerne d’abord la maternelle). Mais je suis quand même embêtée par plein de choses.

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Robert Doisneau « Arithmétique mentale » 1956

D’abord, par le fait qu’elle monétise son savoir qui n’est pas le sien (voir paragraphe suivant) à travers un livre qui se vend comme des petits pains et à travers des conférences au lieu d’être dans le bateau. Cependant, il paraît que la ministre de l’EN l’a contactée et qu’elle a un rendez-vous avec elle dans 10 jours : peut-être alors qu’elle décidera de bosser de l’intérieur même si elle est moins mise en avant alors, forcement ; et même si c’est plus lent… Education Nationale oblige.

Ensuite (et surtout), je suis embêtée parce que tout ce qu’elle avance, Maria Montessori l’a déjà avancé et que ça, Céline Alvarez le dit très peu (elle le dit très vite fait). Effectivement, elle explique que les neurosciences (nouvelle discipline fétiche d’une partie des sciences de l’éducation) prouvent que toutes les hypothèses de Maria Montessori étaient justes (l’enfant apprend en faisant seul, dans l’action ; l’enfant apprend quand il est intéressé et non quand on lui impose un sujet, etc.). Mais pas besoin d’écrire un bouquin pour simplement plagier les idées de Montessori et ajouter à la fin : les neurosciences ont tout validé, on peut y aller. Dans la même perspective, je ne comprends pas qu’elle défende avec force le projet qu’elle a mené dans une maternelle à Gennevilliers comme l’exemple et le modèle à suivre, un exemple et un modèle que tout le monde appelle révolutionnaire alors qu’il me semble qu’il ne s’agit en fait là que d’une expérience Montessori, ce que font déjà des dizaines d’écoles Montessori en France, avec sans doute les mêmes résultats. J’ai regardé une bonne partie de sa dernière conférence, j’ai lu beaucoup de ses articles et interviews et je ne peux m’empêcher de penser qu’hormis être un as en com’, elle n’invente rien et oublie de dire que déjà des centaines d’institutrices font ce qu’elle préconise dans leurs écoles privées Montessori.

Enfin, je suis embêtée parce que sa méthode ne parle que de la maternelle et moi, je suis une professeure de collèges et de lycées, mais ça, ce n’est vraiment pas sa faute.

Par ailleurs, ce buzz autour de la sortie de son livre a deux avantages. D’abord celui de rappeler qu’il faut faire bouger l’école et aussi celui de remettre en avant les pratiques Montessori (dommage qu’elle ne les appelle pas vraiment comme ça) dans toutes les écoles maternelles publiques de France. Affaire à suivre donc, pour voir si ce hold up sert à quelque chose ou non.

***

Pour les non-initiés je vous mets ci-dessous l’une des nombreuses interviews de Céline Alvarez parues ces 3 derniers jours, puisque toutes les idées qu’elle défend, qui sont en fait les idées de Montessori, sont très pertinentes et méritent d’être mise en avant (interviw de l’Obs) :

Dans un livre-manifeste, dont « l’Obs » publie les bonnes feuilles, Céline Alvarez raconte l’expérience pédagogique qu’elle a menée dans une maternelle de Gennevilliers, qui a fait d’enfants en difficulté des petits cracks épanouis. Interview.

Vous dites, dans votre livre, que notre école a « tout faux », pourquoi ?

– 40% des élèves sortent du CM2 avec des retards en lecture et en mathématiques, ce qui les handicape lourdement pour la suite de leur scolarité. Ce constat est inacceptable. Comment imaginer que la moitié des enfants ou presque, ne soit pas en mesure d’apprendre à lire, écrire et compter, des savoir-faire élémentaires ? Je ne mets pas les enseignants en cause. Ils s’épuisent à pousser sans arrêt des enfants démotivés. C’est donc la méthode qui n’est pas adaptée.

Notre école est fondée sur des traditions jamais remises en cause : elle rassemble les enfants par âge, elle choisit leurs activités et confie à un maître le soin de déverser vers eux des connaissances. Or les recherches récentes des neurosciences et de la psychologie cognitive prouvent que l’esprit humain n’apprend pas de cette façon. Comme de nombreux pédagogues l’avaient pressenti, à commencer par Maria Montessori, on sait maintenant que l’enfant apprend en agissant. Et ce, dès la naissance !

Le bébé est naturellement avide d’expériences, il explore le monde autour de lui. Il apprend à parler sans manuel, simplement en échangeant avec nous. A quelques mois, il peut détecter une erreur grossière d’addition, ou repérer une erreur dans une autre langue que la sienne. Il possède une mécanique d’apprentissage époustouflante. Mais l’école, qui ne la prend pas en compte, a tendance à l’étouffer.

D’où vous est venue cette vocation de révolutionner l’école ?

– Sans doute un souci de justice sociale, et le sentiment d’un vaste gâchis. Déjà à 9 ans, à Argenteuil (Val-d’Oise) où j’allais en classe, je me souviens d’avoir été indignée de la manière dont l’école fonctionnait. J’avais spontanément préparé un exposé sur la reproduction des fleurs, et lorsque j’ai voulu le présenter à mes camarades, la maîtrise a refusé parce que cela bousculait son programme. Elle n’y pouvait rien, elle aurait aimé accédé à ma demande, mais ça n’était pas possible. J’ai compris que ce système étouffait les élans des enfants comme celui des enseignants. J’étais petite encore, mais cela m’a indignée! Cette indignation ne m’a plus quittée.

Après votre master en sciences du langage, en 2009, vous passez le concours de professeur des écoles et convainquez un conseiller du ministère de vous donner carte blanche pour trois ans dans une maternelle de ZEP. Qu’y avez-vous instauré ?

– J’ai renversé la situation. Dans ma classe, les enfants étaient autonomes et choisissaient leurs activités parmi une centaine d’autres que j’avais sélectionnées. Je les leur présentais, à chacun d’eux, et je les guidais la première fois ; puis ils les reprenaient sans mon aide. Ils apprenaient principalement seuls, portés par leur curiosité. Ils apprenaient aussi les uns des autres !

La classe se composait d’enfants de trois, quatre et cinq ans. Ils s’entraidaient et s' »enseignaient » mutuellement, spontanément. La classe pouvait étonner les visiteurs. Elle ressemblait à une ruche : on y voyait au même moment des enfants dessiner, classer des formes géométriques, coudre, découvrir des lettres, reconstituer le puzzle de la carte du monde ou faire une addition avec des bâtons de perles….Et ils pouvaient répéter leur activité autant de fois qu’ils le souhaitaient.

Vous n’avez pas eu peur que ce soit le bazar ?

– Pas vraiment. J’étais convaincue que l’activité du groupe serait très ordonnée si chacun pouvait vaquer à ce qui l’intéressait. Les plus jeunes, sans trop se poser de questions, choisissaient leurs activités, la faisaient avec beaucoup de concentration, et recommençaient jusqu’à se sentir satisfaits. J’ai vu un enfant se passionner pour les origamis, reprenant sans se lasser, jusqu’à faire un pliage parfait.

Mais j’ai été stupéfaite de voir que ceux qui avaient déjà passé un ou deux ans dans une autre maternelle étaient un peu désemparés. Ils étaient comme « décentrés », continuellement accrochés au jugement de l’adulte, incapable de choisir leur activité si je ne leur disais pas quoi faire, et incapables de juger par eux-mêmes leur travail.

Ça m’a fait mal de voir sur des enfants de 4 ans les dégâts du système éducatif traditionnel. Je passais à côté d’eux dans la classe, et je les sentais tellement en souffrance, si désireux que je les rassure sur ce qu’ils avaient fait : « C’est bien, Céline ? » Je leur répondais : « Et toi, qu’en penses-tu ? Tu es content de toi ? » Il leur a fallu beaucoup de temps pour qu’ils retrouvent leur propre motivation, leur élan intérieur.

Vous voulez dire qu’au fond, il n’y aurait pas besoin de professeur dans la classe ?

– Non, bien sûr ! Il ne suffit pas de placer un enfant au milieu d’un environnement stimulant, une salle remplie de jeux par exemple, pour qu’il apprenne seul. Il a constamment besoin d’un guide, d’un « étayage » bienveillant. Ça le rassure et lui donne les connaissances de base à partir desquelles il peut explorer et expérimenter. Il n’y a pas d’apprentissage possible sans cet échange et cette interaction. C’est d’ailleurs l’attitude qu’adoptent spontanément les parents et les enseignants, quand les conditions le leur permettent.

Les élèves de votre classe ont dépassé haut la main toutes les exigences du programme et bien au-delà, comment cela a-t-il été rendu possible ?

– Les enfants avaient le droit de se tromper ! Un des contresens majeurs de l’école, c’est de sanctionner sans arrêt l’erreur. Or elle est constitutive de l’apprentissage. Comme le montrent les travaux en psychologie cognitive, l’enfant apprend en se trompant.

Face à une situation, quelle qu’elle soit, son cerveau génère des prédictions. Il formule des hypothèses. Par exemple, d’après sa forme, cet objet est mou. L’enfant avance la main, et si l’objet est dur, il réajuste ses connaissances. Il ne peut donc apprendre de l’expérience d’un autre. Mais s’il a peur de s’engager, c’est tout le processus d’apprentissage qui est paralysé. Cette observation vaut d’ailleurs pour tous les âges de la vie…

Vous avez pu mesurer les progrès de vos élèves ?

– J’avais l’autorisation du ministère d’évaluer leurs progrès, sans qu’il m’ait pour autant délivré un document de cadrage officiel. La première année, ces tests ont été réalisés par le CNRS de Grenoble, et ils étaient très positifs. Tous les élèves sauf un avaient progressé beaucoup plus vite que la norme ! Certains étaient déjà rentrés dans la lecture. De leur côté, les parents notaient qu’à la maison, leur enfant était devenu plus calme, plus prêt aussi à aider les autres.

Les deux années suivantes, comme je n’avais toujours pas de document officiel, même si j’avais des visites d’inspecteurs de l’Education toutes les deux semaines dans ma classe, ces évaluations ont été interdites. J’ai tout de même organisé des tests scientifiques en dehors de l’école, avec une quinzaine d’enfants. Les résultats confirmaient ceux de la première année.

Une majorité des enfants avaient dépassé les fameuses exigences du programme. D’autres, qui avaient des retards considérables, avaient au moins rattrapé la norme. Je me souviens de cette petite fille bègue, terriblement timide. L’orthophoniste qui la suivait a été époustouflée par ses progrès, la façon dont elle s’est épanouie. En définitive, la majorité des enfants avait un à deux ans d’avance. Alors qu’ils venaient tous de milieux modestes. Cet enseignement par l’expérience, l’autonomie et l’entraide est aussi le moyen de corriger les inégalités sociales.

L’expérience a été concluante, saluée par les enseignants comme par les chercheurs… Et pourtant l’Education nationale a coupé court. C’est un peu désespérant, non ?

– On m’a annoncé qu’on me retirait le matériel, la classe avec trois niveaux. Sans explication. Mais j’ai décidé de continuer ma route ailleurs avec une liberté et une rapidité que l’Education nationale n’aurait pas pu m’offrir. J’ai démissionné de mon poste et j’ai lancé un blog sur lequel j’ai mis en ligne des vidéos de la classe et des contenus sur lesquels je m’étais appuyée. Depuis sa création, il est très visité par les parents et les enseignants.

Pour répondre à cette demande, et aider les enseignants qui le souhaitent à transformer leurs pratiques, j’ai d’un côté proposé des conférences qu nous mettons en ligne ensuite. De l’autre, j’ai écrit ce livre pour partager avec les parents les grands principes humains d’apprentissage et d’épanouissement. Pourquoi?  Parce qu’au fond nous les connaissons déjà intuitivement, mais nous les oublions parce qu’ils ne vont pas dans le sens du fonctionnement scolaire traditionnel. La véritable révolution ne viendra pas d’une autre nouvelle méthode, elle se fera lorsque nous appliquerons ce que nous savons déjà dans nos coeurs. Laissons les enfants suivre leurs élans. Faisons leur confiance pour apprendre, aidons-les à révéler leurs pleins potentiels.

Propos recueillis par Caroline Brizard et Véronique Radier

(1) « Les Lois naturelles de l’enfant. La révolution de l’éducation. A l’école et pour les parents », par Céline Alvarez, Les Arènes.

La Liseuse devient Changer l’école

Puisque depuis quelques temps mes (mini) chroniques littéraires ne sont publiées que sur le compte Instagram de La Liseuse, le nom de ce blog évolue et devient Changer l’école pour mieux coller à son thème majeur : les réflexions buissonnières sur l’éducation et la veille éducative. Je ne m’interdis pas de parler littérature par ici mais la majeure partie du temps,  si vous voulez parler bouquin, rendez-vous sur Instagram (et de temps en temps sur la page Facebook de La Liseuse).

La meilleure BD de tous les temps : Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves — Tome 5 : “La 2,333e dimension” de Marc-Antoine Mathieu

Mon titre n’est pas très objectif, et je m’y connais assez peu en BD (quoi que l’année 2016 promet d’être celle de la bande dessinée, je ne lis quasiment que cela depuis le début du mois de janvier…) mais j’ai suffisamment été estomaquée par cet ouvrage là pour titrer de façon aussi dithyrambique.

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Marc-Antoine Mathieu, je l’ai découvert quand j’avais une vingtaine d’année parce qu’une de ses BD traînait dans l’appartement dans lequel j’habitais alors. J’avais déjà trouvé ça grandiose. Récemment et sans avoir lu les 4 premiers tomes de la série du Prisonnier des rêves, j’ai acheté le cinquième chez mon petit libraire qui, exactement comme l’avait fait un ami très cher amoureux de BD, m’a présenté Marc-Antoine Mathieu comme… Dieu. Rien que ça.

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Après lecture, je suis assez d’accord. C’est brillant, à la fois en termes de graphisme ET de scénario. C’est barré aussi. Complètement hallucinant. Les images parlent d’elle-même :

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L’histoire, elle, n’a rien a envié aux perspectives et aux cases. Julius, fonctionnaire employé au ministère de l’humour d’une société pathétique vient de faire un mauvais rêve : celui où l’on rêve que l’on rêve. C’est un acte grave dans une société totalitaire comme celle de Julius Corentin Acquefacques. Mal rêver, c’est déjà dévier. Et voilà qu’en plus, cela a entraîné la perte d’un point de fuite ! Conséquence ? Le monde de Julius perd toute son épaisseur et les individus se retrouvent à devoir supporter la dimension 2,3333… Dimension minimale qui les séparent de l’invisibilité. Julius Acquefacques est alors désigné pour se rendre dans l’Inframonde (monde banni) pour tenter de récupérer un point de fuite et redonner de la dimension au monde.

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Par ailleurs, comme la cerise sur le gâteau, ce cinquième tome s’accompagne de lunettes 3D qu’il faut mettre sur son nez pour 4 ou 5 planches lorsque le personnage tombe dans une autre dimension. Comme c’est très bien fait, ça fonctionne : lire de la bande-dessinée 3D est une expérience assez fascinante.

Je ne saurais trop vous conseiller de vous procurer ce livre et de le lire. J’espère vous avoir donné l’eau à la bouche. Pour ma part, je lirai les 4 premiers tomes dès que l’occasion se présentera… Bonne découverte !

C’est la semaine de la classe inversée !

Du 25 au 29 janvier, c’est la semaine de la classe inversée dans toutes les académies de France. La classe inversée, c’est un peu à la mode chez les enseignants, mais ça n’en reste pas moins une innovation assez révolutionnaire en matière de pédagogie. Je suis pour ma part très partisan de la classe inversée bien que sa mise en place implique beaucoup de travail et d’organisation. Il est même probable que ma thèse porte sur ce sujet.

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L’association Inversons la classe propose une semaine de rencontres et de partage autour de cette nouvelle pratique pédagogique dont on parle beaucoup.

Une classe inversée ouvre peut-être ses portes près de chez vous.
 
Certains professeurs déjà très impliqués dans cette pédagogie ont décidé d’ouvrir leur classe à d’autres professeurs désireux de découvrir cette pratique. Il existe une carte de France qui indique toutes les classes inversées « ouvertes ».
Consultez la carte et partez à la rencontre des collègues pour discuter de leur expérience.
De nombreux ateliers vous attendent également pour discuter notamment de l’utilisation de certains outils numériques.
Et pour ne rien manquer de l’événement vous pouvez suivre sur Twitter les comptes @CLISE2016 et @Classe_Inversee ainsi les #CLISE2016 et #ClasseInversee.

Très bonne semaine à tous !

(Et merci au livre scolaire pour l’info).

Une BD à lire : Chroniques de Jérusalem, de Delisle

On a acheté cette bande dessinée il y a déjà une bonne année, parce qu’on en avait entendu parler et qu’elle était en évidence sur le présentoir du libraire de notre quartier. Le binôme l’avait lue, mais pas moi. Puis la semaine dernière, comme j’avais envie de lire, mais pas un livre traditionnel, plutôt un truc « avec des images » comme disent les enfants, j’ai ressorti cette lourde bédé (près de 350 pages quand même). Cela s’est avéré être une très bonne idée.

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Je suis très facilement entrée dans l’histoire de Delisle qui raconte, tout simplement, sa vie avec sa famille à Jérusalem. Plus exactement, son unique année passée là-bas. La femme du bédéiste est coordinatrice chez MSF (Médecins Sans Frontières), elle est donc envoyée régulièrement en mission aux quatre coins de la planète. Guy Delisle a pour habitude de la suivre avec ses deux enfants, Louis et Alice. A l’étranger, il s’occupe du quotidien et se promène dans le pays pour « croquer » la vie de tous les jours, les coutumes, les paysages, les monuments, les traditions, les curiosités.

Au-delà de la trame de la BD (la vie quotidienne d’une famille d’expatriés) qui rend tout ça très ludique, très agréable (on est intéressés par l’adaptation d’une famille française dans un autre pays), qui fait souvent rire (Delisle sait raconter de courts moments de vie sur le ton de la dérision tout en montrant le choc des cultures), j’ai véritablement pris un cours d’histoire. Mais alors, un cours d’histoire sans jugement, sans a priori, sans BRUTALITé !

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A force de raconter son acclimatation et celle de sa famille, Delisle finit par dresser un tableau précis de ce qu’est Jérusalem (Un sacré bordel ! Un paradoxe sur pattes ! L’allégorie de l’absurdité des religions, toutes les religions !). Au fur et à mesure de la lecture, j’ai enfin compris les divisions de la ville, le principe et la géographie des colonies, le concept de certains quartiers à la fois juif, arabe et chrétien ; mais tout ça sans image de guerre, sans géopolitique compliquée, sans traitement médiatique alarmant, gerbant ou voyeuriste. Je me souviens avoir longuement révisé le conflit israélo-palestinien pour le bac sans parvenir totalement à comprendre ce qui se tramait là-bas, mais si j’avais eu cette bande dessinée sous la main, j’aurais VRAIMENT pu me faire une opinion et pu parler avec objectivité et pertinence de tout ça.

Evidemment, MSF, pour qui travaille la femme de Delisle s’occupe essentiellement des palestiniens et même si on sent sous le trait humaniste de l’auteur quelques partis pris, tout ça n’en reste pas moins très objectif, notamment parce que l’illustrateur dépeint ce qu’il voit sans trop commenter, sinon avec les mimiques de ses personnages.

BREF, il faut lire cette bande dessinée qui réussit le pari d’être à la fois légère et ludique (on a envie de l’ouvrir pour replonger dans une lecture facile qui détend) tout en étant véritablement pédagogique et instructive.

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Je vous fais cette chronique alors que j’en suis à la page 230 sur 330 et je vous quitte pour m’y replonger illico ! (et pardon pour les photos flous…)

Bonne lecture à vous !

Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle, éditions Shampooing, collection dirigée par Lewis Trondheim.