RDP2 : Revue de presse sur l’école et l’éducation n°2 (21 au 30 août 2016) (avec dedans des neurosciences, Einstein, de l’amour, France Culture, Tahar Ben Jelloun, des écoles alternatives, etc., etc.)

Avec du retard voici la deuxième Revue de presse sur l’éducation et l’enseignement. Vous allez avoir de quoi lire et écouter. C’est parti.

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  • Sur les neurosciences, la recherche et l’éducation :

– Les neurosciences, comme avant la psychanalyse ou la sociologie, sont la nouvelle discipline forte des sciences de l’éducation… Il y a un MOOC (vous savez, les cours en ligne) sur les neurosciences à l’école, cours préparé essentiellement par des intervenants de l’ENS Paris. J’ai beaucoup trop de projets pour cette année mais je sens que je vais craquer et m’inscrire. Après tout, ils précisent que l’investissement en terme de temps de travail n’est que d’une heure par semaine. Si je me lance, j’en parlerai évidemment ici.

– Tout comprendre sur les neurones miroir en moins de 3 minutes grâce à une jolie vidéo d’animation. Chouette !

Comment la formation académique précoce retarde le développement intellectuel. Eh oui, il semblerait qu’une personne, qu’elle soit enfant ou adulte, acquiert mieux de nouvelles compétences quand elle le veut, et surtout quand elle en a besoin.

  • Sur le choix du Unschooling ou « apprentissages autonomes », de la déscolarisation

– Sur ce blog, cette famille raconte sa vie de tous les jours après avoir fait le choix de déscolariser leurs enfants. C’est très « bien-pensant » dans le sens où tout semble amour et paix, mais après tout… il est fort probable que l’amour soit la solution à tout. C’est d’ailleurs ce que dit Einstein dans la lettre qu’il écrit à sa fille en fin de vie : « L’amour est la seule et la dernière réponse ». Si c’est Einstein qui le dit… Le blog de la famille d’unschoolers s’appelle Apprendre en liberté et s’avère être un beau témoignage de ce type de projet.

Ici, l’interview d’Edith, une maman de 3 enfants qui pratiquent depuis une bonne décennie l’IEF (je vous rappelle que c’est différent de l’unschooling dans le sens où, si l’on fait le choix de l’IEF, on recrée plus ou moins une « école à la maison » mais sans pression, ni notes (allez voir nos articles précédents). C’est intéressant parce qu’elle a du recul mais pas encore assez puisque ses enfants ne sont pas encore des adultes entrés dans la vie active.

– Sur le blog de la famille Les Caboches, un très bel article sur les apprentissages de l’enfant de cette famille qui a choisi une vie sans école : Tout ce que mon fils ne sait pas faire… et pourtant !

  • Sur les innovations en éducation et les nouvelles idées qui fleurissent :

– La Bicyclette, c’est une éco-crèche, une crèche en pleine nature donc. Mise en place il y a déjà un an près de Genève.

– Un article datant déjà de 2015 mais qui répertorie TOUS les magazines et les revues jeunesse. Une mine d’or qui donne très envie de s’abonner à TOUT et qui donne aussi envie à l’ancienne journaliste que je suis de recréer un magazine papier…

– Un papier, assez « simple », sur les inconvénients d’une éducation stricte et trop autoritaire.

  • Sur France Culture :

– Tahar Ben Jelloun, dont j’adore les romans, explique le terrorisme aux enfants : à réécouter ici.

– Socrate en culottes courtes : un débat sur l’enseignement de la philosophie au plus petit : à réécouter ici.

  • Sur les écoles alternatives qui se créent un peu partout :

– Un réseau des écoles alternatives est entrain de se construire doucement. Les personnes qui lancent ce réseau ont créée un outil bien pratique : une google map sur laquelle tout le monde peut s’inscrire pour recenser son projet d’école alternative, quel qu’il soit.

Une interview de Franck Lepage, souvenez-vous, j’avais mis en ligne ici la vidéo de son spectacle humoristique (et très très intelligent) Inculture 2. Il dit dans cet interview, entre autre, que l’école fabrique « des travailleurs adaptables et non des esprits critiques ». On a le droit de le penser… ou de le contester.

– Ici, une pétition à signer pour « pouvoir choisir une alternative à l’école traditionnelle ». Il y a environ 30 000 signataires. Bon en même temps, hormis le fait qu’il faille souvent le payer financièrement, ce choix est, je crois, tout à fait autorisé déjà.

– Un article sur les écoles alternatives qui ouvrent un peu partout. Avec cette conclusion que j’aime beaucoup : « Faut-il s’en réjouir ? « Oui, bien sûr. Mais gare à ne pas ériger ces pédagogies en panacée car elles ne conviennent pas forcément à tous les enfants. Certains élèves ont besoin de beaucoup d’autonomie, d’autres de davantage de cadre pour progresser », constate Jean-François Michel. »

Etre et devenir : le film en intégralité ici !

J’ai trouvé le film documentaire Etre et devenir dont je vous parlais hier dans son intégralité sur Youtube. Le voici ci-dessous. Pour ma part, je le visionnerai probablement dimanche soir. Bon film à vous !

(La revue de presse n°2 se prépare mais elle ne sera pas publiée avant lundi, cependant il y aura beaucoup de liens et d’infos à se mettre sous la dent à ce moment là. A lundi !)

 

Choisir de ne pas scolariser ses enfants : l’expérience et le documentaire de Clara Bellar

Lorsqu’on fait le choix très peu commun de ne pas scolariser son enfant, il y a alors deux « écoles » et il faut trancher. Il y a les partisans de l’IEF : l’instruction en famille, qui consiste à « reconstruire » une sorte de mini-école à la maison mais à travers une pédagogie bienveillante, sans pression, sans compétition et sans note (nous avons publié l’interview d’une maman qui a fait ce choix sur le blog et d’autres interviews sur le même sujet doivent être publiées dès qu’elles seront mises en page) ; et il y a les partisans de l’unschooling (littéralement « déscolarisation ») ou « apprentissages autonomes » en français qui consiste à laisser l’enfant libre de ses activités ! Pour se lancer dans l’unschooling il faut une sacrée confiance dans la nature innée de l’enfant qui est d’apprendre par lui-même… Je vous rappelle cependant la chronique du livre Je ne suis jamais à l’école qui vous avez beaucoup plu et fait réagir. 

A la naissance de son fils, Clara Bellar s’est posé la question de le scolariser ou non. Grande voyageuse, elle s’est mise à parcourir le monde à la rencontre de familles ayant fait le choix de l’apprentissage autonome, de l’unschooling et en a tiré un film documentaire qu’il me tarde de voir Etre et devenir. Pour le moment, je n’ai pu visionner que le « trailer » de ce documentaire ainsi que l’interview de Clara Bellar, juste après la sortie du film en salle et en DVD en 2014. Je vous propose ci-dessous ces deux vidéos. La première met l’eau à la bouche. La seconde répond déjà à de nombreuses questions, notamment celle du travail possible des parents tout en ayant fait le choix de la déscolarisation. Bon visionnage !

 

RDP1 : Revue de presse sur l’école et l’éducation du 13 au 20 août (avec dedans des créations d’école, des études compliquées, des Pokémons (si, si), des révélations sur le cerveau de l’enfant, du Télérama, du Monde et plein d’autres trucs…

Essayons d’instaurer un nouveau rituel ici : une revue de presse de ce qu’il se passe ou se dit dans le monde de l’école et de l’éducation, semaine après semaine. En d’autres termes, une série de liens à suivre pour rester informés des nouveautés et des évolutions de ce monde fascinant et qui entre (tout) doucement en mutation.

Revue-de-presse

Pour la RDP 1, quelques liens mais pas énormément non plus, on est au mois d’août et … au mois d’août, pas de violence, c’est les vacances !

  • La 3ème édition du festival du journal Le Monde : Agir, se tient du 16 au 19 septembre. Il y a évidemment un thème intitulé « Agir sur l’école ». Le programme, les intervenants et toutes les infos en cliquant ici. Avec tous les liens qu’il contient, ce programme est déjà une mine d’infos et d’idées nouvelles. Ca fait rêver.
  • Ce papier de Télérama explique qu’on a désormais la preuve que le cerveau d’un enfant varie en fonction de l’éducation et des pédagogies qu’on applique à son encontre. C’est fascinant et c’est ici. Un extrait qui me désespère non pas par ce qu’il dit, au contraire, il est plein d’espoir, mais parce qu’il va contre ma propre façon d’enseigner et le système que je fais subir aux enfants que je cherche à éduquer : « La question du stress, en tant qu’inhibiteur des acquisitions, n’est plus à démontrer. Il faut maintenant en tenir compte, faire par exemple en sorte que l’erreur soit reconnue comme une étape indispensable de l’apprentissage. La question de l’attention est un autre point à travailler en priorité : on n’avance pas si on continue de décider que ce jour-là, à cette heure-là, c’est telle chose qui sera apprise par tout le monde et rien d’autre. »
  • Un fonds de dotation dédié à la diversité éducative vient d’être créé par plusieurs associations et acteurs de l’éducation pour forcer le système à bouger. « La mission du Fonds Educations Plurielles est de soutenir et d’encourager les initiatives et les projets à caractère éducatif qui placent les valeurs humaines au centre de leur action et entendent contribuer au plein épanouissement des potentialités de chacun. » Pour moi dont l’idée d’ouvrir une école alternative travaille de plus en plus, ce fonds fait rêver… Il faudrait creuser pour comprendre mieux les tenants et les aboutissants de cette nouveauté. Je le ferai dans un prochain papier. En attendant, voici le site  d’Educations Plurielles pour les curieux.
  • Une psychologue et passionnée de neurosciences qui explique que la clef de la réussite scolaire tient en un mot : ténacité. Il s’agit d’une courte vidéo TED, expliquée et traduite par le site Papa Positive
  • Après L’école Dynamique et L’école autonome, une nouvelle école de type Sudbury (voir mon papier sur Summerhill qui ressemble aussi à ce type d’école dans le fonctionnement) ouvre ses portes en septembre à Paris ! Sur cette page de son site, elle donne de nombreux liens vidéos et le lien de deux blogs pour expliquer comment marchent ces 3 écoles « soeurs ».
  • Un papier intitulé « Qu’est-ce qu’un bon prof ? » qui remet en cause les idées des écoles nouvelles défendues souvent sur ce site en expliquant que l’apprentissage centré sur l’enseignement apprend plus à l’enfant que l’apprentissage centré sur l’élève lui-même, de façon positive et bienveillante. Bon… Plus étonnant, le papier a l’air de dire que, même au niveau de l’estime de soi et du développement social, la pédagogie non pas centrée sur l’élève mais sur les acquisitions apporterait des résultats davantage positifs. C’est intéressant. Très. Parce que ça met beaucoup de chose en perspective en citant de nombreuses études anglo-saxonnes. Notamment celle-ci que j’aimerais lire : « Interventions pédagogiques efficaces et réussite scolaire des élèves provenant de milieux défavorisés. Une revue de littérature »
    Chaire de recherche du Canada en formation à l’enseignement, université de Laval, Québec, avril 2004. Ce papier défend par ailleurs un modèle d’enseignement plus efficace que les autres (et qui n’est pas celui de l’éducation nouvelle…), cependant on parle de « résultats » et pas de valeurs ni de changement de société…
  • Et pour finir, pour coller à l’actualité…, un papier des Cahiers pédagogiques sur les POKEMON ! Si, si…. La pédagogie des Pokémons, à lire ici.

 

Summerhill : l’aventure  d’une école autogérée

 

A.S. Neill, psychanalyste et fondateur de Summerhill explique, alors qu’il écrit ce qu’il pense être son dernier livre Libres enfants de Summerhill, en 1960, qu’on ne connaît encore rien de la psychologie de l’enfant qui est une science alors neuve. Educateur, il s’est concentré toute sa vie sur la psychologie infantile et, malgré des années intensives de travail dans ce domaine, il admet connaître peu de choses. « Je suis certain toutefois que ceux qui ne s’occupent que de leurs propres enfants en connaissent moins que moi »[1]. Il explique que « c’est parce que [il] croit que l’enfant difficile est presque toujours amené à l’être par les insuffisances de son milieu familial que [il se] permet de [s’]adresser aux parents »[2]. La psychologie a pour but la guérison du mal de l’âme, l’âme voulant dire ici le siège des émotions. Par une éducation saine, selon A.S. Neill, on peut enrayer le mal. « A summerhill, les enfants sont guéris de ce mal de l’âme et ils sont élevés dans la joie »[3].

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L’idée fondamentale de Summerhill

Fondée en 1921 à 160 kilomètres de Londres, dans un village, cette école accueille (elle existe toujours) des élèves entre 5 et 16 ans. La plupart du temps, à l’époque de Neill, il y a 25 garçons et 25 filles. Les enfants sont divisés en trois groupes selon leur âge. Les petits de 5 à 7 ans, les moyens de 8 à 10 ans et les grands de 11 à 15 ans. Diverses nationalités s’y retrouvent. Les élèves sont logés sur place, par groupe d’âge, en général à plusieurs par chambres. Aucune inspection de chambre n’est prévue, personne ne range leurs affaires, ils portent les vêtements qu’ils souhaitent porter.

« Il est évident qu’une école où l’on force des enfants actifs à s’asseoir devant des pupitres pour étudier des matières inutiles est une mauvaise école. Une telle école n’est bonne que pour ceux qui croient à son efficacité, c’est-à-dire pour ces citoyens sans imagination qui veulent des enfants dociles, dénués eux aussi d’imagination et qui s’accommoderont d’une civilisation dont l’argent est la marque du succès. Summerhill a débuté un peu comme une expérience. Mais elle n’en est plus là; elle en est maintenant au stade de la démonstration, car elle a prouvé que l’éducation dans la liberté réussit. Lorsque nous avons ouvert l’école, nous avions, ma première femme et moi, une vision fondamentale : celle d’une école qui serve les besoins de l’enfant – plutôt que l’inverse. J’avais enseigné pendant bien des années dans des écoles traditionnelles. J’en connaissais donc la philosophie et je savais qu’elle était mauvaise. Elle était mauvaise parce que fondée sur une conception adulte de ce que l’enfant doit être et doit apprendre. Elle datait du temps où la psychologie était encore une science inconnue. Nous décidâmes donc, ma femme et moi, d’avoir une école où nous accorderions aux élèves la liberté d’expression. Pour cela il nous fallait renoncer à toute discipline, toute direction, toute suggestion, toute morale préconçue, toute instruction religieuse quelle qu’elle soit. Certains dirent que nous étions très courageux, mais en vérité nous n’avions pas besoin de courage. Ce dont nous avions besoin, nous l’avions: une croyance absolue dans le fait que l’enfant n’est pas mauvais, mais bon. Depuis presque quarante ans maintenant cette croyance n’a pas changé, elle est devenue une profession de foi. Je crois intimement que l’enfant est naturellement sagace et réaliste et que, laissé en liberté, loin de toute suggestion adulte, il peut se développer aussi complètement que ses capacités naturelles le lui permettent. Fidèle à cette logique, Summerhill reste un lieu où ceux qui ont les capacités naturelles et la volonté nécessaire pour devenir savants le deviendront, alors que ceux qui n’ont de capacités que pour balayer les rues les balaieront. Mais, à ce jour, nous n’avons produit aucun balayeur de rues. Cette dernière remarque est d’ailleurs dénuée de tout snobisme, car je préférerais voir sortir de nos écoles d’heureux balayeurs de rues que des savants névrosés. »[4]

A quoi ressemble Summerhill ?

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« Pourquoi j’ai créé une école où les enfants font ce qu’ils veulent… »

Voici le témoignage de Ramïn Farhangi. Il nous parle de « donner le pouvoir aux enfants… Tout le pouvoir de relever le plus grand défi de toutes vies humaines, celui d’être totalement indépendant et responsable de sa propre vie, pas seulement à l’age de 18 ans mais à tous les ages ». Il nous raconte l’histoire de l’école qu’il a créée dans le 13ème arrondissement à Paris. Il fait une proposition politique : remplacer la loi pour l’instruction obligatoire par la loi pour la liberté d’instruction. « Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue » disait Victor Hugo. La vidéo dure 15 minutes et mérite le visionnage…

 

Après les médias, la recherche et les musées… au tour de l’école de muter

Voici un article brillant écrit par le chercheur Richard-Emmanuel Eastes sur le site The Conversation. Il y fait une analyse étonnante des processus de mutation qui sont en branle dans notre société et y explique comment les médias, la recherche et les musées ont eux déjà réussi en partie à se dégager des intérêts économiques qui les finançaient et des intérêts démocratiques qui les légitimaient, contrairement à l’école, qui renâcle à s’en dépêtrer. Passionnant. Bonne lecture. 

La transformation numérique et économique radicale de nos rapports à la connaissance et à l’information entraîne les acteurs de la recherche, des musées et des médias dans des processus de mutation complexes. Parallèlement, les lentes évolutions de l’école, pourtant soumise à d’intenses champs de tension, ne semblent pas témoigner de la même prise de conscience. N’y a-t-il pas pour elle urgence à se réinventer ?

En dépit de la fragilisation des frontières qui ont longtemps façonné et garanti aussi bien l’indépendance de la presse et l’universalité de la recherche que l’autorité de la connaissance académique et la domination culturelle des élites, les institutions liées à la production et à la diffusion de la connaissance et de l’information restent soumises à la double injonction de respecter à la fois les intérêts économiques qui les financent et les intérêts démocratiques qui les légitiment. Écartelées par des champs de forces contradictoires, elles commencent à se forger de nouveaux rôles, parfois au prix d’une bipolarisation paradoxale.

Une « levée de dégénérescence »

Ce que la physique quantique appelle « levée de dégénérescence », moment où l’état d’un système se scinde en plusieurs états différenciés sous l’effet d’une perturbation extérieure, semble en effet affecter de manière similaire les médias, la culture scientifique et technique et la recherche académique.

La une du Figaro Magazine, vendredi 20 mai 2016.

Ainsi, alors que les grands médias sont rachetés par des groupes de presse liés à des intérêts industriels majeurs, des sites d’information indépendants naissent sur la toile et des journalistes déposent sur les réseaux sociaux des contre-investigations en réponse à des articles de la presse traditionnelle. Un exemple récent est documenté sous le hashtag #ContreEnqueteWS. Cette contre-enquête, publiée sur Periscope et Twitter en réaction à un article du Figaro Magazine qui présentait la ville de Saint-Denis comme la Molenbeek française, est magistralement décrite dans l’émission Vertigo de la RTS Suisse.

De même, c’est bien en réaction à un système financier international ayant réussi à se prémunir des investigations des médias traditionnels que sont nées des organisations telles que WikiLeaks ou l’ICIJ qui, bien que constituées de grands médias internationaux, en transcendent les rédactions.

Du côté de la culture scientifique, alors que des grands musées nationaux doivent composer avec l’investissement (dans les deux sens du terme) de grands groupes industriels dans la conception de leurs expositions, d’autres développent la « muséologie participative » destinée à donner aux citoyens la possibilité de coproduire des connaissances sur la science et la technologie en société.

De même, alors que le monde associatif lutte contre l’assèchement des petits financements garants de leur créativité et de leur diversité, sous l’effet de la concentration des ressources publiques au sein de collectivités ou d’agences de l’État qui financent de moins en moins les petits projets, le mouvement des « makers » dynamise les réseaux de la culture scientifique et technique en lui offrant des perspectives de modèles économiques diversifiés, fondés sur un esprit collaboratif et « open source ».

La culture des « makers », à l’intersection entre la technologie et le « do it yourself ». Dave Jenson/flickr

Du côté de la recherche, alors que les thématiques scientifiques à impact économique majeur sont investies par les capitaux privés ou les programmes européens qui engloutissent des milliards d’euros (au détriment de thématiques de recherche moins à la mode qui souffrent elles aussi de la concentration des moyens financiers), sans espoir pour la société civile de pouvoir se prononcer un jour sur la pertinence des choix technologiques qu’ils préparent pour son avenir, des mouvements tels que la « science citoyenne » associent des chercheurs, des associations, des groupes concernés, des passionnés, au sein de structures de recherche alternatives « agiles » parfois capables d’imposer leurs modes de fonctionnement à de grands groupes industriels.

Ainsi, la communauté scientifique résiste-t-elle avec de plus en plus d’agacement au pouvoir des éditeurs des revues scientifiques et des maisons d’édition (auprès desquelles les moyens financiers du chercheur accroissent sensiblement ses perspectives de publication) en développant leurs propres circuits validés par les pairs, le plus souvent en « open access ».

Ce faisant, on observe que ces acteurs de la science, de la culture, de la communication et des médias, bien que fortement soumis à l’influence des acteurs économiques, sont amenés à dépasser largement leurs rôles traditionnels en devenant eux-mêmes, par leur ouverture à la société civile et en réaction à l’establishment dont ils dépendent pourtant en très large part, des acteurs sociaux majeurs et des agents de changement déterminants.

L’école en reste

Qu’en est-il de l’école ? De tous temps, elle a assuré le renouvellement de la société, mais peut-être un peu trop souvent avec le souci de transmettre la culture, les savoirs et les valeurs d’hier plutôt qu’avec celui d’anticiper les besoins de demain. Or, en vertu de ce qui précède et au regard des enjeux auxquels sont confrontées les sociétés occidentales, on peut légitimement se demander si, comme la recherche, les musées et les médias, l’école ne devrait pas devenir un acteur plus proactif pour se donner les moyens de réellement « faire société ».

Ça et là, des initiatives émergent mais une véritable vision prospective cède souvent devant des réflexions à court terme, que ce soit sur les usages du numérique, les apprentissages fondamentaux ou l’enseignement du civisme. Or si l’école ne contribue pas davantage à changer la société, c’est la société qui changera l’école, et peut-être plus radicalement qu’on ne le croit. Car elle aussi est soumise à ces intérêts divergents que nous mentionnions plus haut, tiraillée entre l’optimisation de la formation à des fins économiques (dont fait partie la formation des élites, si importante en France) et la construction de la citoyenneté et de l’harmonie sociale (qui passe notamment par la stimulation de « l’ascenseur social »).

« Liberté, égalité, fraternité » sur le mur d’une école publique de Villeurbanne. Wikimedia Commons

Bien plus, on voit poindre dans les pays européens le risque de voir l’école (re)devenir la cible de mouvements politiques ou religieux défendant des intérêts particuliers, étendant et distordant le principe de laïcité jusqu’à réclamer l’exclusion de l’école de toute manifestation sociale ou culturelle qui soit contraire à leurs valeurs spécifiques. La vive contestation suscitée par la reconnaissance par l’école d’une différenciation entre sexe et genre en constitue l’un des plus emblématiques exemples.

Enfin, nombreux sont ceux qui parlent déjà de l’abandon du modèle des « brick and mortar schools » (1), lui substituant des formes d’éducation totalement renouvelées. Ainsi, dans le rapport d’enquête « Education in 2030 » du World International Summit on Education (WISE) (2), publié en 2014, peut-on lire : « No more “teachers”, lectures or imposed curricula: the brick-and-mortar school will no longer be a place where students are taught theoretical knowledge, but instead a social environment where they receive guidance. Innovation, not only technological but also social and pedagogical, will help transform the traditional “classrooms” into future “meeting rooms” where cooperative learning takes place . »

S’approprier le changement

L’école est prise dans ces mouvements, qu’elle le veuille ou non. Pour ne pas les subir, il lui faut donc se les approprier. En adoptant une véritable vision prospective sur les besoins de la société d’une part, tant au niveau de ses contenus que de la formation des enseignants, et en s’inspirant des exemples de la recherche, de l’édition, des musées et de l’éducation informelle en général, des médias enfin, qui ont déjà entamé leur transition par une conscientisation et une appropriation des nouveaux enjeux.

Stimuler cette réflexion et accompagner l’école dans cette mutation, par des éclairages mettant en lumière les changements et les initiatives qui en relèvent, tel est l’objet de cette nouvelle chronique. Régulièrement, un article portant sur l’éducation et la culture scientifique, la créativité, le rapport au savoir, la formation des enseignants, le numérique, la communication de la recherche ou la démocratie technique viendra y stimuler la réflexion sur les futurs de nos rapports à la connaissance et à l’information.

(1) Dénomination conférée à l’école traditionnelle faite de briques et de mortier, de salles de classes, de professeurs responsables de groupes d’âges homogènes et d’enseignements disciplinaires cloisonnés, par opposition à l’enseignement en ligne.

(2) Le sommet WISE est financé par la fondation du Qatar, la banque Santander, ExxonMobil ainsi que divers autres partenaires.